© l'Institut de l'Hstoire d'Art "George Oprescu"
Cella Delavrancea, Madame Delavrancea, Cornel Medrea
Le sculpteur Medrea
Je me rappelle fort bien le jour du mois de juin où, assises à la table dans la cour sous l'accacia, papa accompagné par un jeune homme inconnu, a fait son apparition. Un couvert de plus, une chaise vite placée entre les autres c'était chose habituelle chez nous. Mon père l'a presenté à ma mère: "Il s'appelle Medrea, il est sculpteur, il désire que je lui pose mais je n'en ai pas le temps. Alors je lui ai proposé de venir tous les jours à mon bureau et chez nous au déjeuner et lorsqu'il lui semblera m'avoir saisi, il essayera de modeler une tête qui me ressemblera". Le jeune homme était sympathique, timide, on avait l'impression que sa figure, harmonieusement rythmée, était enveloppée par un nuage. Pendant le déjeuner, un peu gêné, il regardait furtivement mon père, mais après le déjeuner il est venu s'amuser avec nous, dans le jardin. "Ne le taquinez pas trop" dit mon père, en souriant simplement.
Il avait aimé le jeune homme.
C'est ainsi que plusieurs fois est venu chez nous le sculpteur qui allait transposer en argile le visage véhément de Delavrancea en exagérant ses traits et son front, parce qi'il ne s'était pas rendu compte que son expression grandiose jaillisait du regard, de la chevelure, de la bouche délicate et féminine, il avait l'air de parler même quand il se taisait à tel point son message spirituel était vibrant.

La Grande Guerre de 1916 nous a tous dispersés. Je ne savais plus qui était vivant, qui avait disparu, et, après la paix, je suis allée à Paris pour un an. Plus tard, les soucis et la vie s'écoulaient tel un fleuve et n'avions plus pensé à ce que Medrea était devenu. Lui non plus il n'a plus donné signe de vie au phalanstère Delavrancea, qui l'avait si chaleureusement accueilli.
Cella Delavrancea
Souvenirs d'un siècle de vie, Editions Eminescu, 1987
© photo l'Institut de l'Hstoire d'Art "George Oprescu"
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